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Le coût humain des bananes à bas prix

Le coût humain des bananes à bas prix

Tandis que les négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs débutent en France et qu’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, vient de s’engager à commander une étude sur la répartition de la valeur ajoutée dans les filières, un nouveau rapport pointe du doigt l’impact souvent néfaste de la puissance d’achat et des pratiques commerciales des supermarchés européens sur les petit-e-s producteurs-rices de bananes et les travailleurs-ses agricoles des plantations.

Le rapport “Banana value chains in Europe and the consequences of Unfair Trading Practices”, réalisé pour le consortium d’ONG internationales “Le Juste Fruit”, révèle les conditions de travail indécentes des travailleurs-ses et les petite-e-s agriculteurs-rices des chaînes d’approvisionnement de la banane : exposé-e-s à des produits phytosanitaires toxiques, ils gagnent des salaires trop bas pour vivre dignement et travaillent dans la peur. Le rapport démontre que les supermarchés européens entretiennent cette situation au travers de pratiques commerciales déloyales.

La chaîne d’approvisionnement de la banane a longtemps symbolisé l’injustice du commerce international. Lorsqu’en 2001 les prix de la banane chutaient de 25%, les distributeurs augmentaient leurs marges de 40%. A la même période, les pays producteurs connaissaient une augmentation significative du coût de la vie (nourriture, santé, éducation…) : + 278% par exemple en République Dominicaine.

En France, le distributeur touche 56,4% des profits réalisés sur les bananes du Cameroun alors que les travailleurs-ses touchent seulement 4,4%. Cette répartition inéquitable de la valeur ajoutée ne permet certainement pas de garantir aux travailleurs-ses un salaire minimum vital et des conditions de travail décentes à l’aune des standards de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Les pratiques commerciales déloyales des supermarchés sont légion. Et ce n’est pas sans conséquence sur les salaires « low cost », les journées interminables, la discrimination femmes-hommes, les violations des droits humains.

Pendant des décennies, une poignée d’entreprises multinationales dominait le marché mondial de la banane. Ce pouvoir est désormais entre les mains des supermarchés. La concentration du marché européen de la distribution augmente rapidement : en France, 6 chaînes de supermarchés dominent, seules, 89% du marché. Cela ne s’arrête pas là : les distributeurs sont dans une phase de rapprochement de leurs centrales d’achat, pour gagner encore davantage de pouvoir de négociation.

En France, le prix des bananes à la consommation est plus élevé que sur les autres marchés des Etats membres de l’Union européenne. Toutefois, les supermarchés français ont de plus en plus recours à des contrats annuels pour s’approvisionner, avec des clauses identifiées comme des pratiques commerciales abusives : ruptures contractuelles ou encore refus de livraison fondés sur des motifs insuffisants.

L’Union européenne a reconnu le problème des pratiques commerciales déloyales. Elle envisage de mieux réguler ces pratiques d’achat. Plus de 60 000 citoyens européens ont signé une pétition pour demander à la Commissaire européenne en charge du Marché intérieur Elżbieta Bieńkowska de réguler ces pratiques. Car les solutions existent, comme le démontrent par exemple les labels de commerce équitable, qui garantissent une meilleure répartition de la valeur ajoutée et de pouvoir dans les filières, en faveur des producteurs et des travailleurs agricoles.

Le rapport “Banana value chains in Europe and the consequences of Unfair Trading Practices” est fondé sur des entretiens avec plus de 60 acteurs de l’industrie de la banane dans plusieurs pays d’Amérique latine et sur une enquête conduite au Costa Rica en août 2015.